Le bras de fer entre la presse française et Google vient de franchir un cap. Le 29 octobre 2026, cinq organisations représentatives des éditeurs — la CPA, la FNPS, Le Geste, le SEPM et le Spiil — ont déposé une plainte auprès de la Commission européenne contre les conditions de déploiement des AI Overviews et du mode IA (AI Mode) en France. Pour tous ceux qui vivent du trafic organique, ce dossier est à suivre de très près : c’est la question du zéro clic qui arrive sur le bureau de Bruxelles avec des données chiffrées à l’appui.
Plan de l'article
Ce que reprochent les cinq organisations d’éditeurs #
Comme le rapporte Abondance, les plaignants visent la manière dont Google a déployé ses réponses génératives en France : les AI Overviews et l’AI Mode y sont arrivés le 22 juillet 2026, sans négociation ni consultation préalable des éditeurs dont les contenus alimentent pourtant ces réponses.
Pour étayer leur dossier, les organisations ont comparé leurs indicateurs avant et après cette date de lancement : trafic, visibilité dans les résultats, notoriété de marque et abonnements. Leur objectif est d’alimenter l’enquête pour abus de position dominante que la Commission européenne a ouverte en décembre 2025, laquelle examine déjà si Google enfreint les règles de concurrence en utilisant les contenus des éditeurs et les vidéos YouTube pour nourrir ses propres services d’IA.
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Le piège technique de Google-Extended
Un argument du dossier parlera particulièrement aux référenceurs : le jeton Google-Extended du robots.txt, présenté comme l’outil de contrôle des éditeurs, bloque uniquement l’entraînement de Gemini. Il n’empêche pas un contenu d’apparaître dans les AI Overviews, qui dépendent de l’indexation classique par Googlebot. Autrement dit, pour échapper aux résumés génératifs, il faudrait renoncer à l’indexation elle-même — donc au trafic Google tout court. C’est ce choix impossible que les éditeurs demandent à Bruxelles d’examiner.
Une offensive européenne qui s’étend depuis 2025 #
Cette plainte française n’arrive pas en terrain vierge. L’Independent Publishers Alliance avait ouvert le feu dès le 30 juin 2025 avec une première plainte à la Commission, suivie par d’autres initiatives d’éditeurs européens, comme le retrace le Journal du Net, qui annonçait déjà que ces recours n’étaient « que le début ».
Le contexte réglementaire s’est en outre durci : le 24 juillet 2026, la Commission a infligé à Google une amende de 890 millions d’euros pour non-respect du DMA. Les discussions en cours portent justement sur l’application de ces principes aux AI Overviews et à l’AI Mode.
La défense de Google : saisonnalité et algorithmes #
De son côté, Google conteste tout lien de causalité entre ses réponses génératives et les pertes de trafic constatées par les sites. L’entreprise attribue les baisses à la saisonnalité de la demande, à l’évolution des centres d’intérêt des internautes ou aux mises à jour ordinaires de ses algorithmes. Nick Fox, l’un des dirigeants de la recherche Google, maintient publiquement que « les gens cliquent encore beaucoup » — sans toutefois publier les données de clics qui permettraient de vérifier cette affirmation, ce que les études tierces lui reprochent régulièrement.
Ce que cela change pour votre stratégie SEO #
En attendant une éventuelle décision de Bruxelles, qui peut prendre des années, trois enseignements pratiques se dégagent pour les éditeurs de sites.
Mesurer l’avant/après comme les plaignants
La méthodologie des cinq organisations est reproductible à l’échelle d’un site : comparer trafic, impressions et CTR avant et après le 22 juillet 2026 sur ses requêtes informationnelles. C’est le seul moyen d’objectiver l’impact des AI Overviews sur son propre périmètre, plutôt que de s’en remettre aux moyennes contradictoires du marché.
Arbitrer en connaissance de cause
Tant que Google-Extended ne contrôle pas l’affichage dans les AI Overviews, le blocage n’est pas une stratégie : il sacrifie l’entraînement de Gemini sans protéger le trafic. Les leviers restent éditoriaux — viser les requêtes où la réponse générative ne suffit pas, soigner la marque et les accès directs, diversifier les sources de trafic.
Suivre le calendrier réglementaire
Entre l’enquête ouverte en décembre 2025, l’amende DMA de juillet 2026 et cette nouvelle plainte, la pression institutionnelle sur les réponses génératives de Google monte d’un cran chaque trimestre. Une obligation de négociation avec les éditeurs, voire un mécanisme d’opt-out spécifique aux AI Overviews, changerait en profondeur l’économie du référencement en Europe. Le dossier français, avec ses données avant/après, pourrait bien être celui qui fera bouger les lignes.
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